Retraites : On va au clash

Retraites : "On va au clash"

Eric Aubin, en charge des retraites à la direction de la CGT, affirme la fermeté du syndicat sur le seuil légal du départ à la retraite. Nicolas Sarkozy présentait ses vœux aux partenaires sociaux ce vendredi (15/01/2010), avant une année 2010 marquée par une nouvelle réforme des retraites.

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Eric Aubin refuse de toucher à la retraite à 60 ans. (Maxppp)

Est-il opportun de rouvrir le débat des retraites en 2010?
Nous n'étions pas demandeurs à la CGT. Quand on a commencé à discuter des retraites complémentaires, dans l'accord, les partenaires sociaux demandaient que les discussions de 2012 (prévues par la réforme Fillon en 2003, ndlr) soient avancées à 2010. La CGT n'a pas signé ce texte. Mais puisque le rendez-vous est fixé, nous serons là. La loi Fillon prévoyait 2012, mais l'objectif du Medef est de bouger l'âge légal de la retraite pour le régime général afin d'adopter la même règle au niveau des régimes complémentaires.

L'objectif du gouvernement serait de repousser l'âge légal?
C'est affiché. Xavier Darcos dit que, pour lui, il n'y a pas d'autre solution. Il ne parle pas d'âge légal, pour ne pas fâcher, mais d'âge de départ à la retraite.

L'âge réel de liquidation des droits est d'un peu plus de 61 ans. Est-il possible, pour vous, de négocier le seuil légal?
Pas du tout! On dit qu'il faut rester à 60 ans. Ce n'est pas symbolique. En 2009, on a supprimé la dispense de recherche d'emploi. Si l'âge de départ est repoussé, ces salariés, qui perdent leur emploi avant 60 ans, vont tomber dans les minima sociaux. On a aussi supprimé l'allocation équivalent retraite. Leurs bénéficiaires vont aussi basculer vers les minima sociaux. Ce qui représente plusieurs centaines de milliers de personnes. Il y a un paradoxe. Les employeurs demandent un recul de l'âge de départ à la retraite mais continuent à faire partir les salariés à 58 ans et 9 mois en moyenne. Il faut contraindre les entreprises à garder le salarié jusqu'à 60 ans, voire au-delà. Il faut aussi prendre en compte la pénibilité du travail pour réparer les écarts d'espérance de vie.

«Il faut conditionner les exonérations à des créations d'emplois»

Si vous ne voulez pas négocier sur l'âge légal ni sur la durée de cotisation, quelles sont les solutions?
Nous pensons qu'il faut discuter du financement. Il faut élargir l'assiette des cotisations sociales, pour y assujettir de plus en plus de revenus. Aujourd'hui, certains d'entre eux, comme la participation, l'intéressement ou les bonus, ne sont pas soumis aux cotisations sociales. Il y a de l'argent à récupérer. Il faut aussi mettre à plat les exonérations. La modulation doit se faire en fonction de la politique de l'emploi des entreprises. Il faut conditionner les exonérations à des créations d'emplois. Dans le sondage du JDD, les salariés se disent prêts à l'augmentation des cotisations si on leur offre un niveau de pension suffisant et un âge de départ à la retraite convenable.
On avance aussi des propositions sur l'emploi, qui est la principale difficulté. Il faut notamment se poser la question de la précarité, qui pèse ensuite sur le niveau des pensions d'un travailleur.

La forte mobilisation sociale du débat de l'année 2009 est allée en décroissant. Pensez-vous pouvoir remobiliser sur le sujet des retraites?
Ce sujet a toujours été très sensible. Tous les salariés sont concernés, dans le public comme dans le privé. Les salariés sont très attachés à l'âge de 60 ans. En 1993, nous avions peu mobilisé parce que la réforme ne touchait que le privé. Mais aujourd'hui, les salariés en paient les conséquences avec une forte baisse des pensions. Il faudra donc mobiliser les salariés en 2010.

Le front syndical, très uni début 2009, s'est fissuré. Se reconstituera-t-il pour cette cause?
Si je lis les positions des uns et des autres, je dirais oui. Nous avons beaucoup de convergences, notamment sur les 60 ans. Un seul point nous sépare: le régime par points. (promu par la CFDT, ndlr). Sinon, il n'y a pas de raison que nous ne nous retrouvions pas.

«Le régime par points ne répond à aucune des préoccupations»

Pourquoi vous opposez-vous au régime par points?
Les salariés demandent à savoir combien ils auront à la retraite et à quel âge ils pourront partir. Le régime par points ne répond à aucune de ces préoccupations, ni à celle de l'âge de la retraite, ni à celle du niveau de pension.

Vous semblez déterminé à refuser un recul de l'âge de départ à la retraite. Va-t-on au clash?
Si le gouvernement et le Medef s'acharnent comme ça, je pense qu'on va au clash. Ils sont dans un dogme concernant les cotisations. On perdrait en compétitivité, disent-ils. Toutefois, on ne propose pas forcément d'aller vers une augmentation des cotisations, mais vers un élargissement de l'enveloppe. Le problème, c'est que le gouvernement et le Medef sont bloqués sur les cotisations.

Source journal du dimanche



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